L’éthique pour des relations plus harmonieuses

 

L’éthique pour des relations plus harmonieuses

Conférence prononcée par Me Jean Miguelite Maximé pour l’Association Valento Family de la Croix-des-Bouquets, le vendredi 11 avril 2025.

Introduction

L’homme reste l’homme sous tous les cieux, peu importe la culture ou la couleur de la peau. Il est né avec l’esprit naturel de se grouper, de se mettre avec les autres. Mais, partout chacun veut son propre bien. Chacun veut construire son propre bonheur. Dans la construction ou la recherche du bonheur, il arrive que partout les hommes désirent presque les mêmes choses et centrent tout autour de leur personne. C’est une guerre d’ego.

À preuve, d’après des études datant du temps jadis, les mots les plus employés dans le monde sont JE, MOI. Sur une photo, on se cherche avant tout le monde. Si on est bien, on dit que c’est une belle photo indépendamment de la posture des autres. C’est une illustration parfaite de l’égocentrisme. Parfois, l’ego surdimensionné des Hommes toujours en quête du bonheur occasionne des conflits, tantôt larvés, tantôt ouverts. Cela débouche parfois sur des désaccords profonds, voire violents.

La façon de chercher le bonheur définit notre personnalité profonde. Stendal illustre bien en disant que le caractère d’une personne consiste dans sa manière habituelle d’aller à la chasse du bonheur. La recherche du bonheur définit le cadre de toute moralité (Ogien, 2007). En fonction de tous ces aspects, chacun voit l’homme à sa manière.

L’homme vu par des critiques de tous les temps :
L’homme nait avec ses vices, il acquiert ses vertus. Jules Renard
L’homme ne vient au monde que par le ça. Sigmund Freud
L’Homme est né bon, la société le corrompt. Jean Jacques Rousseau
L’homme est le pire ennemi de son semblable, ou de sa propre espèce. Thomas Hobbes
L’être humain ne fait le bien que par la peur. En l’absence de toute peur, nous faisons le mal partout où nous en avons le pouvoir. Platon
L’être humain, à travers le courage, doit se dépasser. Sénèque
La vie heureuse est impossible sans la sagesse, l’honnêteté et la justice. Épicure
Constats :
L’homme est un loup pour l’homme.
L’homme est essentiellement mauvais. Il ne devient homme que par l’éducation.
Bref rappel :
L’anthropologie optimiste de Rousseau (l’homme est naturellement bon (innocent) et bienveillant).
L’anthropologie pessimiste de Hobbes (qui repose sur l’idée que l’homme est naturellement égoïste et mauvais).

Face aux problèmes inhérents à la nature de l’homme, il faut des valeurs morales pour guider et orienter son comportement. L’éthique s’offre naturellement. Elle est essentielle parce qu’elle guide nos actions et nos décisions, tant au niveau personnel que collectif. Elle permet de créer des relations basées sur la confiance, le respect et la justice, des éléments fondamentaux pour le bien-être de la société.

Comment l’éthique peut rendre les relations plus harmonieuses ?

Pour des relations plus harmonieuses, l’éthique doit se retrouver partout avec l’homme dans ses moindres actions, réactions, omissions ou son silence. 

I.- L’éthique est importante pour tous
L’éthique est importante pour tous parce qu’elle favorise :
La cohésion sociale en facilitant un climat de compréhension et d’entraide, réduisant les conflits et les injustices.
L’intégrité personnelle en nous aidant à agir en accord avec nos valeurs, ce qui renforce notre estime de soi et notre crédibilité. Ex. le respect de la parole donnée.
La responsabilité en nous apprenant à reconnaître les conséquences de nos actes, l’impact de nos actions sur les autres et à agir avec conscience.
Les décisions justes en nous offrant un cadre pour prendre des décisions équitables et respectueuses des droits de chacun.
Le progrès collectif en encourageant par le biais d’une société éthique des pratiques honnêtes en politique, en économie et dans tous les domaines de la vie.

L’éthique permet de construire un avenir meilleur basé sur des principes solides. Sans éthique, le monde serait gouverné par l’arbitraire et le chaos.

L’éthique, c’est quoi ?

Définition de l’éthique
L’éthique, c’est l’ensemble des conceptions morales d’une personne ou d’un milieu. « L’éthique, c’est l’esthétique du dedans ». Pierre Reverdy
Son but ultime, c’est de trouver la bonne façon d’agir, sur le plan personnel et professionnel.

Critères d’évaluation de la conduite humaine
Science de la morale

Éthique, regards croisés

Pour Morin (2004),

Tout acte éthique est un acte individuel de reliance : reliance avec autrui, reliance avec la communauté, reliance avec une société et à la limite avec l’espèce humaine.
” il y a une source individuelle de l’éthique, qui se trouve dans le principe d’inclusion, qui inscrit l’individu dans une communauté (Nous), qui le porte à l’amitié, à l’amour, qui conduit à l’altruisme, et qui a valeur de reliance…
Il y aurait comme une harmonie préétablie qui pousse les individus à s’inscrire dans une éthique de solidarité au sein d’une communauté et qui pousse la société à imposer aux divises une éthique de solidarité.

Selon Paul Ricœur :
L’éthique vise ce qui est estimé bon (Aristote),
Tandis que la morale est définie par le caractère obligatoire des normes (Kant).
L’éthique vise la finalité (une vie bonne), tandis que la morale vise l’accomplissement du devoir.

Selon Morin (2014) :
Pour une éthique du genre humain [: l’enseignement doit amener à une « anthropo-éthique » par la considération du caractère ternaire de la condition humaine, qui est d’être à la fois individu-société-espèce. Dans ce sens,] l’éthique individu/société nécessite un contrôle mutuel de la société par l’individu et de l’individu par la société, c’est à dire la démocratie ; l’éthique individu /espèce appelle au XXIe siècle la citoyenneté terrestre.

Le sens profond de l’éthique c’est qu’on doit toujours agir par devoir, et ne jamais tenir compte des inclinaisons de notre personnalité. À chaque fois que les inclinaisons veulent pousser à agir dans un sens, le souci du devoir doit les arrêter. Cela fait intervenir la conscience qui elle-même fait appel à l’éducation (la famille, les parents), plus tard l’école, l’église qui sont des organes de socialisation.

II. Rapport entre axiologie et éthique

L’axiologie est la science et la théorie des valeurs morales. Elle vise à expliquer et à classer les valeurs. Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’application et l’utilité des valeurs. La valeur est une thématique très référencée, mais elle n’a pas une définition consensuelle. Elle est donc polysémique, elle est traitée par les philosophes, les sociologues, les économistes, etc. Étymologiquement, elle vient de valere qui signifie « être fort ».

Les valeurs constituent des idéaux collectifs qui définissent dans une société donnée les critères du désirable, autrement dit les principes moraux qui servent de référence aux individus. C’est l’expression de l’idéal. Ces valeurs sont interdépendantes et forment ce qu’on appelle communément un système de valeurs.

Avoir le sens de l’éthique, c’est appliquer des valeurs. Mais il y a des valeurs dont l’humain ne peut se passer. Ce sont des valeurs qui fondent notre humanité profonde.

III.- Les valeurs qui fondent notre humanité profonde
Les valeurs qui fondent notre humanité profonde sont des valeurs consubstantielles à notre nature humaine, à notre essence d’être humain. En d’autres termes, ce sont des valeurs dont l’application est obligatoire chez tout être humain. Sinon, cet être apparemment humain manque les éléments fondamentaux qui caractérisent l’humain. 

Exemple : si on n’a pas la compassion, la commisération (sentiment de pitié), la sympathie, un sentiment de sensibilité pour quelqu’un qui soufre, on cesse d’être humain. 

Ces valeurs sont : 
Respect, Amour, Compassion, Écoute, Solidarité, Gratitude, Discipline, Générosité, Conscience, Conviction, Courage, Éducation, Réflexion (autocontrôle), Etc.

Exemple d’ingratitude
Capitaliser sur un manquement et oublier les bonnes actions du passé. Le mal d’aujourd’hui n’efface pas le bien d’hier.
Dans l’amour, Les jeunes devront cultiver une certaine profondeur.

IV.- L’éthique familiale
L’éthique familiale repose sur des valeurs comme le respect, l’honnêteté et la responsabilité. Voici quelques attitudes essentielles pour cultiver une pratique éthique entre parents et enfants :
Le respect mutuel : Écouter activement, considérer les opinions de chacun et éviter les jugements injustes. (Ne pas engager la famille à l’insu de l’autre).
L’exemplarité : Les parents doivent montrer par leurs actions les valeurs qu’ils souhaitent transmettre à leurs enfants.
La bienveillance : Encourager un climat de confiance et de compréhension, où chacun peut exprimer ses pensées sans peur.
L’honnêteté : Dire la vérité, même lorsqu’elle est difficile, pour instaurer une base solide de confiance.
La responsabilité : Apprendre aux enfants à reconnaître leurs erreurs et à assumer leurs actes.
L’ouverture d’esprit : Être réceptif aux opinions des autres et accepter les différences. La coopération : Travailler ensemble pour résoudre les conflits de manière constructive, en évitant la domination ou l’imposition d’une seule vision.
Une famille où l’éthique est pratiquée au quotidien crée un environnement sain et harmonieux, où chacun se sent compris et valorisé.

V.- Rapport entre l’éthique et le savoir-vivre
L’éthique et le savoir-vivre sont étroitement liés, car tous deux visent à guider nos comportements et nos interactions avec les autres de manière respectueuse et juste. L’éthique concerne les principes moraux qui orientent nos actions, comme l’honnêteté, la justice et la responsabilité. Elle est une réflexion sur ce qui est bien ou mal, sur les devoirs envers soi-même et envers les autres.

Le savoir-vivre, quant à lui, est plus axé sur les règles sociales et les comportements appropriés dans la vie quotidienne. Il englobe la politesse, le respect des normes culturelles et la manière dont on s’exprime ou agit en société. Les deux se joignent pour un meilleur comportement de l’homme.

Bien que le savoir-vivre soit souvent vu comme une question de bonnes manières, il repose sur des valeurs éthiques profondes. Une personne qui adopte un comportement respectueux et bienveillant applique à la fois des principes éthiques et des règles de savoir-vivre. Ainsi, avoir une bonne éthique renforce naturellement le savoir-vivre, et inversement. La Bible est une source de bonne pratique dans la société et particulièrement dans la famille.

VI.- Le principe des sanctions dans la vie
La notion de rétribution, s’enracine dans l’expérience humaine : toute activité mérite un retour, une reconnaissance. C’est pour l’homme une question de justice. Une sanction est prévue comme une peine ou une récompense attachée à une interdiction ou à un ordre donné.
Quand un enfant comment une erreur, IL FAUT LE PUNIR, IL FAUT PRENDRE DES SANCTIONS contre lui, sinon il passera sa vie à penser que les conséquences de nos actes n’existent pas. Or, la vie n’accorde pas cette chance. On paie les conséquences de ses inconséquences.
Dieu rend à chacun selon ses œuvres…Psaume 62 : 13 ; Romain 2 : 6
Si l’on fait grâce au méchant, il n’apprend pas la justice. (Esaïe 26 : 10)
Il faut rendre à chacun selon ses œuvres. L’action de quelqu’un peut être punie ou récompensée. C’est la notion de rétribution qui est biblique. Sanction a la même racine que saint : sanctus.

VII.- Un monde sans éthique
Un monde sans éthique serait chaotique et imprévisible. Sans principes pour guider nos actions, les relations humaines deviendraient fragiles, marquées par la méfiance et l’injustice.

Voici quelques conséquences possibles :

Conflits constants : Sans respect mutuel ou justice, les désaccords se transformeraient rapidement en affrontements.
Absence de responsabilité : Les individus pourraient agir uniquement pour leur propre intérêt, sans se soucier des conséquences pour les autres.
Effondrement social : Les institutions, comme la justice ou l’éducation, perdraient leur crédibilité, rendant la coopération impossible.
Exploitation accrue : Les plus vulnérables seraient laissés sans protection face à ceux qui cherchent à abuser de leur pouvoir.
Perte de confiance : Les relations personnelles et professionnelles deviendraient instables, car personne ne pourrait compter sur l’intégrité des autres.
L’homme serait davantage un loup pour l’homme. L’éthique est ce qui nous permet de construire des sociétés où chacun peut s’épanouir.

Conclusion
L’éthique est ce qui rend l’homme homme. Un humain sans éthique, sans le savoir-vivre n’en est pas un. L’éthique est si importante que chaque domaine, chaque sphère d’activité a son code d’éthique. Dans certains cas, on l’appelle code de déontologie. C’est-à-dire le sens du devoir, ce que la profession impose comme conduite morale.

Comme je l’ai dit antérieurement, même les bêtes ont le sens de l’éthique. Elles ont peuplé l’univers avant nous. Elles ont donc un sens inné de l’éthique. Or, l’humain a la chance d’évoluer dans une famille, il va à l’école, à l’église. Il est encore réticent à l’éthique.

Exemples :
Insouciance parents enfants : (enfants abandonnés, enfants négligés, etc.) ;
Ingratitude enfants parents : (Parents abandonnés par leurs enfants,
Insouciances de certains enfants (face à la misère noire de leurs parents).

Des animaux sauvages dans certaines situations font preuve d’humanité plus que des humains.
Ex : Des vidéos sur YouTube montre les luttes entre les lions et les buffles. Des buffles s’exposent à la mort pour sauver un membre du troupeau en difficulté. Des hyènes bravent des lions pour libérer un membre du clan. Des animaux femelles s’exposent pour protéger leurs bébés.

En définitive, à travers l’éthique, le savoir-vivre, le respect des valeurs, chacun doit s’efforcer à être agréable aux autres. Dans la famille, au travail, dans les organisations, partout, on ne peut blesser l’autre. On ne peut pas évoluer dans un climat délétère. On ne va pas pouvoir atteindre les objectifs de l’organisation si on doit se heurter à tout moment à des conflits. On a tous besoin l’un de l’autre. Apprenons à évoluer dans le respect, la fraternité, l’amour et la solidarité en vue d’un objectif commun.

Bibliographie sélective
Boudon, R. (1999). Le sens des valeurs,

Paris, PUF,

« Quadrige ».
Canto-Sperber, ML. dir (2004). Dictionnaire d’Éthique et de philosophie morale, Tomes I et II. Paris, France: PUF.
Canto-Sperber, Ogien R. (2013). La philosophie morale. Paris, France : PUF.
Kant, Emmanuel (1994). Métaphysique des mœurs (I et II), trad. A. Renaut, Paris, Flammarion.
Maximé, Jean Miguelite (2011). Les valeurs dans la société haïtienne entre crise et inexistence,

Port-au-Prince, Haïti, Imp. Deschamps.
Mill, John Stuart (1988). L’utilitarisme, trad. G. Tanesse, Paris, Flammarion.
Morin, E. (2004). La Méthode, 6. Éthique. Paris, France: Éditions du seuil.
Nietzsche, F. (2013). La Généalogie de la morale. Paris, France : librairie Générale Française (LGF).
Ogien, R. (2007). L’éthique aujourd’hui, maximalistes et minimalistes. Paris, France: Gallimard.
Rawls, John (2003). La justice comme équité́, Paris, La Découverte.
Smith, A. (1776). La richesse des nations. Paris, France : Flammarion

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